Lancia Stratos

Rédaction : Albert Lallement  

Conçue pour la course

Contrairement aux habitudes de l’époque, la Stratos a été développée pour la compétition avant d’être produite en version routière. Elle préfigure les monstrueuses Groupe B qui verront le jour dix ans plus tard.

La Lancia Stratos est lancée en 1973 pour reprendre le flambeau de la Fulvia 1600 HF en rallye. Au cours de la décennie qui suit, cette voiture ultra moderne reste quasiment invincible et bouleverse cette discipline comme jamais auparavant, grâce à des pilotes tels que Sandro Munari ou Bernard Darniche. Hélas, cette fabuleuse machine arrive en pleine crise pétrolière mondiale et malgré un palmarès exceptionnel, elle ne rencontrera pas le succès commercial qu’elle méritait. 

De par sa conception spécifique pour la course, avec son moteur central transversal, la Lancia Stratos va reléguer ses adversaires de l’époque au rôle de figurantes. © IXO Collections SAS - Tous droits réservés. Crédits photo © Lancia D.R.

Il aurait vraiment fallu beaucoup d’imagination aux visiteurs du Salon de Turin de 1970 pour entrevoir dans le Concept Car Stratos présenté sur le stand du carrossier Bertone la voiture qui allait dominer les rallyes internationaux au cours des dix années suivantes. Pourtant, la pureté des lignes de ce qui n’est alors qu’une étude de style séduit immédiatement Cesare Fiorio, le responsable de Lancia Squadra Corsa, le département Compétition du constructeur milanais. Il voit en elle la future remplaçante de la vaillante Fulvia HF et, à son initiative, la Stratos quitte bientôt la moquette feutrée des salons pour affronter avec succès la boue et la neige du Monte-Carlo ou la poussière des pistes du Rallye de l’Acropole.

Le style de la Stratos, conçu par Marcello Gandini, se distingue par une ligne cunéiforme, un pare-brise panoramique en arc de cercle et une lame aérodynamique sur l’arrière du toit. © IXO Collections SAS - Tous droits réservés. Crédits photo © Lancia D.R.

Pour remplacer la Fulvia HF

Au Salon de Turin suivant, en novembre 1971, la nouvelle Stratos qui est présentée par Bertone n’a plus rien à voir avec le prototype désormais baptisé «Zéro», si ce n’est l’implantation générale de la mécanique. Le sigle HF a été ajouté à son nom, ce qui indique l’implication officielle de Lancia dans sa production suivant l’accord signé en février 1971. Initialement, 400 exemplaires devaient être construits dans l’année suivant sa présentation afin d’être homologuée par la FIA en Groupe 4 (Voitures de Grand Tourisme spéciales), la catégorie reine des rallyes internationaux à l’époque. Ce sera chose faite le 1er octobre 1974, ce qui explique que la première victoire de la Stratos, au Tour de France Auto de 1973 (Sandro Munari), est remportée en catégorie Prototypes. Officiellement, 491 exemplaires de la Stratos ont été fabriqués entre 1974 et 1976, dont, selon les documents d’usine, 147 chez Bertone à Grugliasco. Les informations concernant le reste de la production sont cependant incertaines, car beaucoup d’exemplaires ont été assemblés, souvent à l’unité et en fonction des besoins, dans l’usine Lancia de Chivasso, ou encore dans l’atelier du Service course via Caraglio à Turin. En décembre 1978, Fiat annonce l’arrêt en compétition de la Lancia Stratos qui est remplacée par la Fiat 131 Abarth comme fer de lance du groupe en Championnat du Monde des Rallyes.

Une partie de la saga victorieuse de Lancia en rallye illustrée par la Stratos HF au centre, la Fulvia 1600 HF à gauche et la 037 Rally de Groupe B à droite avec cinq Championnats du Monde remportés entre 1972 et 1983. © IXO Collections SAS - Tous droits réservés. Crédits photo © © Lancia D.R.

Un modèle d’efficacité

Pour cette machine extraordinaire, tout a été sacrifié à la performance. C’est en effet une voiture radicale et novatrice, qui est considérée comme à l’origine de l’avènement des bolides du Groupe B au début des années 1980. La Stratos a été avant tout pensée pour la course et particulièrement pour le rallye. Elle est très compacte (3,71 m de long !) et présente des porte-à-faux avant et arrière réduits au strict minimum. Le châssis est constitué d’une cellule centrale monocoque autoporteuse en tôle d’acier emboutie, pliée et caissonnée. Elle se prolonge par des longerons à l’avant pour supporter la suspension et par un berceau tubulaire à l’arrière pour accueillir le groupe moteur-boîte de vitesses fourni par Ferrari. La carrosserie comprend deux grands capots avant et arrière, intégrant les ailes, et qui basculent intégralement pour une accessibilité optimale à la mécanique. Ces éléments, tout comme les portières, sont réalisés en résine de Polyester et fibres de verre pour un gain de poids.

La première série de la Lancia Stratos Stradale était dépourvue de tout élément aérodynamique, ce qui accentuait un peu plus encore sa haute ceinture de caisse et sa ligne en "coin". © IXO Collections SAS - Tous droits réservés. Crédits photo © Lancia D.R.

Le moteur de la Dino

Le développement de la Stratos est supervisé par Giovanni Tonti, le Directeur technique du département Course assisté d’une équipe dirigée par Sergio Camuffo et constituée des ingénieurs Francesco De Virgilio, Francesco Faleo et Nicola Materazzi. De son côté, Gianpaolo Dallara, le génial concepteur du châssis des Lamborghini Miura et De Tomaso Pantera, est chargé de l’implantation centrale arrière du moteur et de la transmission du V6 Ferrari. Parallèlement, les pilotes Claudio Maglioli et Michael Parkes sont responsables des essais. Dès le lancement du projet, Pierrugo Gobbato, le Directeur général de Lancia, s’est battu auprès de la direction de Fiat avec l’aide d’Enzo Ferrari afin d’obtenir le moteur de la Dino 246 GT. Le feu vert pour sa fourniture à 500 exemplaires est donné par Fiat en décembre 1972. Ce moteur V6 est souple, pratique d’utilisation et offre une grande solidité, au point qu’il encaissera sans soucis les 380 ch de la version turbocompressée utilisée en Groupe 5. Dans la version Stradale il développe 190 ch pour un couple maxi de 23 mkg à 4 000 tr/mn, tandis qu’en version course la puissance délivrée se situe entre 230 et 280 ch selon la configuration.

La Lancia Stratos a remporté le Tour de Corse à cinq reprises entre 1974 et 1981. Ici Bernard Darniche et Alain Mahé victorieux en 1979 avec l’écurie Chardonnet. © IXO Collections SAS - Tous droits réservés. Crédits photo © Lancia D.R.

Fiche technique

Lancia Stratos «Stradale» type 829 AR.0 (1974)

•  Moteur : Type 829 A.000, 6 cylindres en V à 65°, transversal central arrière

• Cylindrée : 2 418 cm3

• Alésage x course : 92,5 mm x 60 mm

• Puissance : 190 ch à 7 000 tr/mn

• Alimentation : 3 carburateurs double corps verticaux Weber 40 IDF

• Allumage : électronique Marelli Dinoplex

• Distribution : 2 arbres à cames en tête par banc, 2 soupapes par cylindre

• Transmission : aux roues arrière, boîte à 5 rapports + M.A.

• Pneumatiques : 205 x 70 VR14 (avant et arrière)

• Freins : disques ventilés de 271 mm de diamètre (avant et arrière), double commande hydraulique

• Longueur : 371 cm

• Largeur : 175,5 cm

• Hauteur : 111,4 cm

• Empattement : 218 cm

• Voie avant : 143,3 cm

• Voie arrière : 145,7 cm

• Poids (à vide) : 980 kg

• Vitesse maximale : 230 km/h

Un palmarès impressionnant

Lorsqu’elle se retire de la scène sportive fin 1982 pour laisser place à la Lancia 037 Rally de Groupe B, la Lancia Stratos a signé près de 500 victoires en rallye avec des écuries officielles ou des concurrents privés.Elle a permis à Lancia de remporter le Championnat du Monde des Rallyes Constructeurs de 1974 à 1976 avec 17 victoires en Championnat WRC. Certaines épreuves lui ont régulièrement souri comme le Rallye de San Remo remporté en 1974 (Sandro Munari), 1975 et 1976 (Björn Waldegård), 1978 (Markku Alén) et 1979 ("Tony" Fassina) ; mais aussi le Tour de Corse gagné en 1974 (Jean-Claude Andruet), 1975, 1979 et 1981 (Bernard Darniche) et 1976 (Munari) ; ou encore le Rallye de Monte-Carlo remporté de 1975 à 1977 (Munari) et 1979 (Darniche). Viennent ensuite les victoires au Rallye de Rideau Lakes en 1974 (Munari), au Rallye de Suède en 1975 (Waldegård) et au Rallye du Portugal en 1976 (Munari). Son palmarès international est également riche de 50 victoires en Championnat d’Europe des Rallyes avec trois championnats remportés de 1976 à 1978. La Stratos s’est également imposée dans plusieurs autres épreuves internationales de premier plan telles que le Tour de France Auto en 1973 (Munari), 1975, 1977, 1979 et 1980 (Darniche) ou encore la Targa Florio en 1974 (Gérard Larrousse).

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