
19/04/2026
Lorraine-Dietrich B3-6
Les débuts des 24 Heures du Mans sont jalonnés de noms de marques destinées à disparaître, non sans avoir marqué de leur empreinte la phase pionnière de la grande classique française. Parmi elles, Lorraine-Dietrich, active de 1896 à 1935, s’impose juste après Chenard & Walcker et Bentley. C’est la première marque à remporter deux éditions consécutives.
Lorraine-Dietrich doit attendre la troisième édition des 24 Heures du Mans pour signer sa première victoire, mais sa B3-6 est pourtant présente depuis la course inaugurale de 1923, où Gérard de Courcelles et André Rossignol finissent huitièmes au classement général et premiers de la catégorie 3 à 5 litres, tandis qu’un deuxième exemplaire piloté par Robert Bloch et Henri Stalter se classe dix-neuvième, ex-æquo avec une Berliet.

La B3-6 de Gérard de Courcelles et André Rossignol, victorieuse en 1925, fait partie des dix voitures inscrites dans la catégorie « plus de 3 litres ».© IXO Collections SAS - Tous droits réservés.
Cette B3-6 est une voiture de route conforme, comme l’exige le règlement ; mais en réalité, elle est déjà le résultat d’une étude spécifique. Désignée aussi B3-6 « Sport », c’est une version à empattement court dérivée de la B3-6 de série introduite en 1922 en deux longueurs, mais spécialement mise au point pour la compétition par la marque avec des modifications sur le moteur (un 6 cylindres de 3 445 cm3 conçu par l’ingénieur Marius Barbarou), les freins et la carrosserie en vue d’affronter l’épreuve d’endurance dans les meilleures conditions.

1. La configuration de l’habitacle est aussi conforme à celle du modèle de série qui impose la présence de deux places arrière abritées sous un tendelet (ou couvre-tonneau) en cuir ou en toile.
2. Caractéristique de la version « Sport », le système de freinage est assisté par un servo frein à dépression breveté Dewandre Reprusseau qui agit sur les quatre roues, une nouveauté à l’époque.
3. La roue de secours, de l’outillage et certaines pièces font partie de l’équipement obligatoire embarqué pour les 24 Heures du Mans car les pilotes sont tenus d’effectuer eux-mêmes les éventuelles réparations.
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1. Selon le règlement, les voitures qui disputent la première édition des 24 Heures du Mans doivent être totalement conformes aux types routiers figurant au catalogue. Entre autres éléments, les ailes de série sont conservées sans aucune modification.
2. La marque Lorraine-Dietrich apparaît en 1926 en tant que division automobile de la Société Lorraine des Anciens Établissements de Dietrich et Cie, de Lunéville, fondée 12 ans plus tôt par Jean de Dietrich, constructeur de matériel ferroviaire.
3. Le moteur de la B3-6 version compétition est préparé par le service courses de la marque, qui le dote de deux carburateurs et de soupapes plus grandes.
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Les fruits de cette adaptation apparaissent dès 1924 quand la B3-6 d’édouard Brisson/Henri Stoffel et celle de Rossignol/De Courcelles prennent les deuxième et troisième places absolues, séparées de quelques kilomètres seulement de la Bentley 3 litres victorieuse de John Duff/Frank Clement. La voiture pilotée par Bloch/Stalter abandonne après 21 heures de course et 112 tours accomplis à une allure qui laissait pourtant entrevoir une victoire potentielle.

A. La Lorraine-Dietrich B3-6 est aussi désignée « 15 HP » en référence à la puissance fiscale du modèle de série calculée en fonction de la cylindrée. © IXO Collections SAS - Tous droits réservés.
L’édition 1925 est celle de la réussite. Supérieure aux Sunbeam 3 Litre et aux OM 665 Superba, la B3-6 Sport de Rossignol/De Courcelles l’emporte à la distance en parcourant 129 tours, soit dix de plus que la distance imposée par le règlement de la catégorie, tandis que la troisième place, à un tour seulement de la Sunbeam de Jean Chassagne/Sammy Davis, revient à une autre Lorraine-Dietrich pilotée par Brisson et Stalter. En revanche, Robert Bloch est une nouvelle fois contraint à l’abandon, suite à un accident survenu en début de course qui met hors service la voiture qu’il partage avec Léon Saint-Paul.

B. La forme de la partie arrière dite « en pointe bateau » est très répandue sur les châssis des voitures sportives de l’époque. © IXO Collections SAS - Tous droits réservés.
L’année suivante, 1926, marque la revanche personnelle de Bloch quand Lorraine-Dietrich engage une version améliorée et plus puissante de la B3-6 désignée « Le Mans ». Bloch, associé cette fois à Rossignol décroche enfin la victoire tant attendue devant les équipages De Courcelles/Mongin et Brisson/Stalter, également sur la B3-6 Sport Le Mans qui complètent un podium 100 % français, laissant une fois de plus derrière eux les très rapides OM. Ce succès signe la dernière participation de la marque « La Lorraine » aux 24 Heures du Mans, qui verront dès 1927 le début de l’« ère Bentley » marquée par quatre victoires de suite, suivies par autant de victoires pour l’Alfa Romeo 8C-2300.

C. Le moteur 15 HP dans sa version de base présente déjà quelques solutions intéressantes comme des pistons en aluminium, des soupapes en tête verticales en ligne et des culbuteurs graissés sous pression. © IXO Collections SAS - Tous droits réservés.
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